Islande 2015

Michel et Danielle Lubrano faisaient partie du voyage et racontent....

 

Bon il faut quand même que je vous raconte notre mois de juillet en Islande.


Etant presque nul en géographie quand il y a quelques années Christian  Beilles de l'agence Sud Expé m'a proposé de partir avec lui en Guinée et Sierra Leone faire des reconnaissances, j'ai ouvert une carte pour voir où ça se situait.
 
 
Mais cette année en partant en Islande toujours avec Sud expé en tant que véhicule médical, je me suis dit  "je sais où c'est". Grave erreur j'aurais dû aussi ouvrir une carte car au dessus de l'Islande il y a le Groenland, le pôle nord quoi. Et qui dit  pôle nord dit froid, humidité, vent et j'en passe...
 
Ayant traversé la France, le Luxembourg, l'Allemagne et le Danemark soit 1800 kms, nous arrivons à Hirsthals pour embarquer avec les clients et la voiture d'assistance mécanique conduite par Dédé Chaudon qui assiste des raids pour Sud expé depuis 20 ans. Pour moi ça signifiait une grande expérience dans les raids.
 
Deuxième grave erreur, on y reviendra plus tard. Nous débarquons deux jours plus tard en Islande et en arrivant sur le port un policier se dirige vers chaque 4x4 et lui tient un petit discours. Arrive mon tour il me pose la question rituelle "do you speak english?". Je réponds " a little ", mais même ça je dois mal le prononcer, il a du comprendre "perfect " et il se met à me parler comme si j'avais fait mes études à Oxford ou à Cambridge. Dans ces cas là, je hoche la tête régulièrement et je fais " hum! hum! "de temps en temps comme si je comprenais tout. En gros nous avons droit à tout un tas de consignes, la plus importante étant que nous n'avons pas le droit de faire du hors piste.
 
 
Troisième erreur en fait en Islande, vous n'avez pas le droit de simplement penser au hors piste. Vous allez comprendre plus tard. Les premiers jours du raid se passent impeccables, nous voyons des paysages magnifiques inhabituels. Un jour nous faisons une balade en bateau autour d'icebergs, le guide nous fait sucer de la glace datant de mille ans. ça ne nous a pas rendu plus intelligents mais on aurait dit du cristal. Les sources d'eaux chaudes succèdent aux geysers, aux cascades, aux prairies d'un vert que je n'avais jamais vu et qui rendrait un mouton marocain neurasthénique.
Et donc un beau jour je roule devant Dédé et je me dis que la journée sera belle et qu'il ne peut rien m'arriver puisque j'ai le toubib dans ma voiture et le mécano derrière moi. Que voulez vous qu'il m'arrive ?
 
 
Quatrième erreur, tout à coup dans un virage une voiture arrive en face de moi à vive allure et la piste n'étant pas assez large pour se croiser je déploie mes talents de pilote et je serre la droite. En clair je sors un peu de la piste. Erreur, en fait de la voiture en face surgit un ranger, un policier de la piste si vous préférez et se dirige vers moi l'air furieux. Il n'y avait pas que l'air, il y avait aussi les paroles. Sans me demander si je " "speake english", il me fait comprendre que je suis le dernier des vauriens, me maudit pour les quatre générations suivantes et me fait jurer que je ne ferais plus jamais ça. Je jure puis il me guide pour que je recule dans mes traces pour revenir sur la piste et à notre grande surprise, une femme sors du véhicule du ranger, prends un balai dans la benne et efface mes traces. Ensuite vu que la piste entre temps ne s'est pas élargie c'est lui qui  fait du hors piste pour me croiser et allez zou encore un petit coup de balai pour effacer tout ça. Avec ma femme on s'est regardé en se disant on est chez les fous ici ?
 
 
Les jours suivants se déroulent dans la sérénité. La météo n'est pas trop de notre coté mais on fait avec et la beauté des paysages compensent la rudesse du climat.
Et donc un beau matin je me retrouve à rouler devant Dédé quand une belle flaque d'eau se présente devant mes roues. Ne connaissant pas sa profondeur, je jette un coup d'oeil aux alentours pour m'assurer qu'il n'y a pas de ranger en vue et je me déporte légèrement sur la gauche et franchis la flaque, là où la profondeur me parait moindre. 200 mètres plus loin, la voix de Dédé sort de la radio pour me dire" Michel viens voir !" Instantanément j'ai su qu'il était planté parce qu'à l'endroit que je venais de passer, il n'y avais rien à voir. Je demi tourne (du verbe demitourner) et effectivement mon Dédé était posé au châssis dans de la boue complètement en hors piste à droite de le flaque. Plus tard il m'a avoué " - c'était la première flaque et je ne voulais pas salir le véhicule". Pour ce qui a été de salir le véhicule, la suite n'a pas été triste. Je manoeuvre pour le tirer et il faut savoir qu'une sangle élastique ne veut pas dire incassable. Donc au premier essai la sangle pète et le véhicule ne bouge pas. En fait il bouge mais dans le sens vertical parce qu'avec un poids de 3T800, il s'enfonce lentement. Avec la deuxième sangle nouvel échec et à force de  patiner je m'enterre et on se retrouve dans la situation complètement ridicule avec les deux véhicules plantés, la sangle tendue à mort et impossible de la retirer.
 
 
 
Heureusement quelques minutes plus tard arrive un 4x4 de français et on se dit on est sauvé. Pour l'anecdote c' était la 7ème fois qu'ils venaient en Islande. Une année ils ont perdu un véhicule dans un passage de gué et la femme avait failli se noyer. 
Moi c'est ce que j'appelle ne pas être rancunier.
On commence par déplanter ma voiture mais après, même avec les deux véhicules attelés, le Dédé ne bouge toujours pas. Mais et il aurait pu commencer par ça, ce brave homme nous dit "-  à 2 kms il y a un camion allemand arrêté. Ni une ni deux je vais le voir et bien sûr, il accepte de venir nous aider. Il attache Dédé avec une sangle grosse comme ma cuisse et au moment de passer la première pour sortir le toy, arrive un bus 4x4 islandais avec ses passagers.
Nous essayons de lui expliquer de reculer pour laisser le camion effectuer le déplantage rien a faire. Il tente de sortir de la piste pour contourner l'obstacle et ce qui devait arriver arriva. A peine l' avant du bus a quitté la piste qu'il se retrouve posé, l'avant en hors piste, l'arrière sur la piste mais devant la calandre du camion qui du coup ne peut plus bouger. Bravo Il essaye de reculer, s'enterre un peu plus, descend du bus, prend la pelle, creuse sous les roues arrières, refuse les plaques proposées par l'allemand et finalement devant son impuissance à se sortir tout seul, accepte notre aide.
En joignant l'effort des deux 4x4 nous arrivons à sortir le bus qui accepte enfin de reculer pour laisser le déplantage s'effectuer. Pour finir chacun ramasse ses petites affaires. Le bus, le camion le 4x4 français partent et on se retrouve avec Dédé et un grand fou rire nous secoue quand on imagine le tête que ferait un ranger s'il arrivait maintenant. Parce que je peux vous dire qu'avec le chantier que nous avions mis sur et à coté de la piste, il aurait fallu que le balai s'appelle tractopelle.
Heureusement que les clients sont des gens beaucoup plus sérieux que nous et eux étant restés sur la piste sont arrivés au bivouac sans encombre où une source d'eau chaude permettait de se délasser. D'ailleurs l'eau chaude étant partout un jour nous avons vu une douche toute seule au milieu de nulle part avec de l'eau fumante qui coulait en permanence.
 
 
Les jours s'écoulent eux aussi et pendant l'un d'eux nous avons pu observer des phoques qui sont des bêtes curieuses et par moment on se demandait qui observait qui ? Les macareux nous avons presque pu les toucher tellement ils étaient prêts et nombreux sur leur rocher au bord de l'eau.
Par contre la balade en bateau pour voir les baleines ne nous a permis que de voir leur souffle et leur queue quand elles plongent.
 
 
Quelques jours plus tard le bateau nous dépose aux îles Féroé pour trois jours où nous découvrons ces îles reliées entre elles par des tunnels terrestres ou maritimes. Là encore beaucoup de verdure, de villages colorés. Certaines toitures sont recouvertes de gazon pour l'isolation, par contre pour passer la tondeuse il ne faut pas avoir le vertige. Et puis j'étais rassuré pour Dédé nous n'avons fait que du goudron il ne pouvait plus rien lui arriver.
 
 
Une dernière traversée nous ramène au Danemark où chacun reprend la route pour rentrer chez soi la tête pleine de souvenirs.
 
Michel Lubrano

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